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Poésie, le bon pied

Pour commencer à parler de ce vaste sujet, on doit passer par nos propres impressions, nos quelques certitudes en la matière, pour essayer de définir ce qu’est la poésie. Et ce qu’elle nous fait à chacun. On saura assez vite, si cela représente la même chose pour tous, si il y a plusieurs avis, ou si la poésie c'est encore autre chose.

La poésie, on sait tous ce que c’est. Au départ, un texte court bien bâti avec rimes et cadence, un poème, ça se retient tout seul. On pourrait croire une chanson mais non, ça se parle un poème et souvent il faut y mettre de l’émotion, la poésie aime les sujets « sensibles », la tristesse. Sauf quand même certaines fois où le poème s’exerce à faire jouer les mots entre eux avec fantaisie, cadence et sonorité, dans ce cas, oui, c’est vrai la poésie c’est autre chose. Il y a toujours au moins ce qu’on appelle des vers, dans la poésie, qui lui donnent ses rythmes et sa particularité. . Un peu comme des phrases découpées, avec ces retours à la ligne qui donnent sur le papier le sentiment d’un petit bloc. On voit le silence tout autour. C’est un ilot un poème, tout le reste n’est que roman. Le roman de la prose... Alors là oui, grâce aux vers, la poésie c’est autre chose monsieur Jourdain ! Dans la poésie les mots sont choisis, parfois le poète a travaillé très longtemps pour obtenir un court poème très concentré, un haïku japonais c’est 17 syllabes dans 3 vers ( on peut dire 17 pieds, sans trop de confusion avec une chenille), un sonnet c’est pile 14 vers, ni plus ni moins, un rondeau c’est trois strophes, une strophe - il faut le savoir - c’est une unité de quelque vers comme le tercet ou le quatrain, des versets qui sont les petits chapitres du poème. Les pieds, les enjambements, les allitérations, les césures, tous ces instruments de mesure de la métrique ! ils sont les rythmeurs de l’écriture, avec eux ça tourne, attention, la poésie c’est autre chose !  Les vers sont plus ou moins longs, ils ont 8, 7 ou 10 pieds, avec des noms à rallonge : ils sont octosyllabiques, heptasyllabiques, décasyllabiques. Quand ils ont douze pieds, et deux hémistiches à six pieds, on dit que ce sont des « alexandrins ». Alexandrin, l’ancienne route nationale de la poésie… On le voit, la poésie c’est beaucoup de chiffres, des mesures, des compteurs agréés et tout un dictionnaire de figures pour désigner les catégories compliquées de ce texte subtil, ou parfois sacré. Un poème c’est une partition de mots chiffrée, presqu'un message codé. Oui, mais ce n’est pas tout, compter jusqu’à douze ne suffit pas… la poésie c’est autre chose. Il faut un cuisinier agile pour assortir ces bouts de phrases et ces rimes, ces sons et ces sens en tous sens, tous ces silences dessinés, ces carrés disposés. Et qu'il soit sensible, comme un capteur précis. Hyper émotif et précis malgré tout : un cuisinier-poète inspiré. Il voit le monde et il voit les pensées, il entend des voix en lui-même, des voix intérieures. Il est à fleur de peau, Il est parfois secoué par des banalités quotidiennes et pris d’étranges fureurs, il se montre très solitaire ou carrément ermite, ou alors mêlé à tous, amoureux des honneurs ou de la célébrité, il se déclare unique et possède un art impressionnant des mots, une science des images qui lui donne aussi des visions. Il glisse ses prédictions à travers des phrases symboliques mémorables. C’est un personnage, un grand poète… Mais il a beau faire, il ne sera jamais la poésie à lui tout seul, la poésie c’est autre chose….. On le voit, il y a le poème, c’est une forme combinée et il y a le poète. Et il y a la poésie, comme un état en nous-même, une émotion particulière qui n’est pas loin du rêve éveillé. Cette émotion ce n’est pas vraiment la poésie, c’est autre chose certes mais l’art de la poésie, n’est-ce pas de parvenir à restituer cette émotion par l’écriture, et garder ainsi des instants de bonheur passés concentrés dans un texte court ? A la fois jeu et chant intérieur, la poésie a toujours accompagné l’homme, presqu'avant l’origine du langage, mais elle n’est jamais définitive, peut disparaitre ou réapparaître, parce que définitivement la poésie c’est autre chose.

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