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Jacques two Jacques

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Solo parlé-dansé issu d'une pratique de lectures publiques et performances établies au long des années, avec la participation du poète Jacques Darras. Créé au théâtre de la bastille en 2004. Comment réussir un montage de textes, c'est écrit dedans ! Les changements d'univers donnent des petits vertiges, Jacques danse des textes, frappe comme Brel les mots des « Gilles de Binches ». Tom Waits désaccorde la nuit, un seau une serpillère entraîne la fin de l'écriture dans le sillage des rivières.

Le projet Jacques Darras

La scénographie est établie sur cette image : lieu technique d’une profération. On est chez soi et en studio. Une citation de ce qui a pu typer l’univers rap : jouer à vue avec ses instruments techniques, on « sample », on s’amuse jusqu’au narcissisme appuyé. C’est aussi ce regard à soi-même qui est déclencheur d’écriture chez Darras, immédiatement lié à la réflexion, miroitement dans le thème des rivières, reflet vertical de l’eau.

Notre voyage est une lecture, nos souvenirs communs s’écrivent dans le mot « marches », celles qui ont donné rythme aux soirées publiques, nul scoutisme aucune écologie poétique. Nos marches sont notre façon de scander, cette absence de réserve qui tient à réveiller la poésie au passage, nos trépignements et nos joies.

Il n'est jamais de poésie que déclarative.

Il n'est de poésie que dans la déclaration d'amour que nous faisons aux noms aimés, par la parole ou par le chant.

Poésie… J’ai toujours tenu pour capitale, ou matinale, la nécessité de la déchiffrer à voix haute. Qu’elle s’éclaire. Et qu’elle libère ses notes cachées. Pas nécessairement à voix haute en public, mais peut-être à soi-même, à voix haute à l’intérieur de soi. Où il faudra timbrer et, démarche d’acteur, reprendre, reprendre et s’exercer, imprimer toutes les impressions d’un texte par répétition. Sauter l’explication, directement vocaliser l’écriture, qu’elle se mette à réfléchir, miroiter : c’est dans son écoulement qu’un poème se donne, dans sa déclaration inépuisable. Je m’autorise à dramatiser le poème, ensuite à l’ânonner. Et je l’enfle, je “l’Alaincunise”, le “Jeanpierrreléautise” puis je le vide et le prolétarise quand il est encore temps. Ou je l’aristocratise, je le cuisine à l’excès avant de retourner à sa lecture plate. Prendre connaissance d’un texte en rêvant des tons qui lui conviendraient, effleurer sa diction d’origine. S’amuser, délirer, ventiler. Slamer ou scander la phrase, il y a des tas de voix offertes à son expression. Quelle que soit la retenue finale, j’aime la voix frémissante prête aux débordements. Et j’aime aussi, surtout, le temps où ça se déchiffre. Le musical soubassement des incertitudes, la sensation d’une fouille. Je redoute la déclamation experte. L’assurance doit se doubler d’inhabileté. Un texte poétique se lit bien, se lit mal, les deux. Un enfant lit trois fois mieux qu’un sociétaire. Nous portons tous en nous la capacité de dérailler, ça donne de l’air au poème.

Jacques Bonnaffé