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Artiste associé à la Comète

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Engagé comme artiste associé à Châlons-en-Champagne, scène nationale La Comète, je reprends ici les textes des programmes qui échelonneront cette résidence deux saisons : 2007-2008 et 2008-2009.

C’est par la musique que nous avons lié connaissance, à Châlons-en-Champagne. Elle associait les mots et les musiciens, le jazz et l’écriture, les sons, la poésie… Puissions-nous garder la même bonne mesure avec Philippe Bachman et toute l’équipe de la Comète en associant nos histoires et cette envie d’allier des pratiques artistiques !

Ma passion pour le théâtre et le métier qu’elle génère doit beaucoup aux lieux de la création culturelle. C’était un vrai dérangement, une nouveauté dans ma ville natale du Nord et pour moi, la révolution. J’étais gamin j’avais 15 ans, depuis le monde n’a cessé d’innover, d’inventer, modifier les tendances, intensifier la communication jusqu’à l’engorgement, jusqu’à s’interroger sur une frénésie si constante, jusqu’à rêver décroissance ou raison raisonnée. La question se pose d’aller vers « autre chose ». Les artistes en lutte l’ont fait entendre, la culture doit se vivre et non s’avaler. L’accroissement des scènes et des propositions, les arts de rue, le cirque réinventé, les musiques, les lectures, la danse, les arts vidéos, plasticiens… Chacun vient défier la puissance des programmes tout faits, aptes à la consommation. Nous ne sommes pas des vendeurs, à la différence de la télé, nous sommes créateurs avec le public. Allons vers « autre chose », moins industriel et près de la vie, un réseau fait d’incertitudes et d’infinis changements.

A la comète en 2007-2008

Display et Roaming Monde. Un travail théâtral avec l’auteur Joseph Danan. Ces deux pièces réunissent six acteurs. Ingéniosité des dispositifs, accomplissement d’un théâtre d’intervention rapide. Monter Display à Châlons c’est pouvoir répéter au théâtre.

Un supplément Cabaret, en complicité avec Philippe Bachman au piano, sur une nouvelle de Ludovic Janvier : Tiré de la nuit des temps.

l’Instrument à Pression. Pièce de David Lescot, mise en scène Véronique Bellegarde, visuels en scène Olivier Garouste avec Jacques Bonnaffé, Médéric Collignon au cornet, Philippe Gleizes, David Lescot et Odja Llorca (tournée 2007-2008-2009).

Jacques two Jacques et l’Oral et Hardi deux solos mis en pièce interprétés par Jacques Bonnaffé. Deux auteurs Jacques Darras et Jean Pierre Verheggen, compagnons de longue route. Deux folies langagières, deux invitations à lire ; écouter ; dire la poésie.

Reprises des grands succès. Il s’agit des Banquets du Faisan, réarrangés arrangeant des spectacles en ch’timi avec fanfare ou des extraits de 54x13, pièce cycliste. Les banquets peuvent être aussi un mode de traitements des lectures, une rencontre d’auteurs — cette année 2008 : banquet Claude Duneton —, des formes de cabaret et l’occasion de lier un texte au jeu musical et phrasé : nous terminons l’année sur un banquet Fellag, réunissant deux gars du Nord le Banquet de l’Afrite du Nord.

Banquet Duneton

Deux pistes pour retrouver Claude Duneton : la langue, sa passion des mots parlés, ou la terre, son origine, le monde rural. Pour assembler ces deux pôles : sur une table de cuisine des expressions décortiquées, au sol des marmites en batterie, au dessus dans son antre bibliothèque les mots prisés. Broyez le tout, partagez !

Avec Fellag, Banquet de l’Afrite du Nord

Mizotte Zeph Cafougnette, artriste au Nord en ses heures lointaines et ci-devant associé cométien, ai cru judicieux d’offrir au très gracieux Fellag un tour de piste à Châlons dans le plus beau cirque du monde. Bout de « Parade » comme en aurait aimé Jacques Tati, par qui nos personnages ordinaires en scène trouvèrent un peu de leur distinction native.

Se faire comète ou électron libre. Agir autour de certaines propositions dans la programmation, c’est déclencher un certain nombre de rendez-vous en dehors des heures habituelles. Ma présence à Châlons-en-Champagne se double d’une obligation d’échange. En lecteur attentif, m’enchante l’idée d’accompagner des sections littéraires et pour cela d’être parrain du Lycée Bayen. J’ai aussi pour obligation agréable celle d’accueillir des amis, artistes de passage. Il en va ainsi d’André Ricros rencontré lors d’un festival rural, et qui semble descendre avec ses musiciens du Partage des aires, d’un pays presque loin, d’un autre temps si proche, celui où tout voyageur racontait son histoire.

Invité Ricros. D’où viens-tu André qui nous filme des gens du Cantal, qui collecte ces histoires et ces vies par la bouche des autres, toi qui écris ce Je vous réfléchis en titre miroir de ton film ? Du jazz il a gardé l’accent, quand il reprend les airs traditionnels du pays d’Auvergne et des Montagnes.

Les banquets Comète

Ce n’est pas une invention c’est une reprise. « Banquet » d’ailleurs, c’est vieux comme le monde. Tout se termine dit-on par un banquet. S’agit-il du retour des voyageurs (héroïques et gaulois), de la fin des moissons ou de cette transition noire l’heure de passer à table dans les commissariats. C’est à la croisée des genres, « le banquet », entre théâtre et poésie, entre drame et farce, philosophie et grands discours. J’en fais ici une invitation littéraire et enlevée, une suite aux Banquets du Faisan inventés pour Lille 2004. Les Banquets du Faisan, créés avec Brigitte de Malau pour Lille 2004, sont à chaque occasion une mise en table mise en scène différente : des thèmes, des textes et des invités nouveaux. Ici c’est donc une reprise, un travail rodé. Cela peut être simple et sobre ou abondant enfiévré. Toujours on se retrouve à table, mais les procédés pour y parvenir changent et surprennent.

En projet pour 2008-2009

Dracula : proposition déambulatoire et musicale autour du roman de Bram Stoker avec Thibault de Montalembert et Jacques Bonnaffé — septembre.

Banquet Eros et Ludo : en guinguette, avec Louis Sclavis et Ariane Dionnyssopoulos, auteur invité Ludovic Janvier, conceptions et cuisines Brigitte de Malau — octobre.

Jeu collection : exposition réalisée à la bibliothèque de Châlons, rencontre des créateurs d’images avec un acteur à voix de textes, scénographiée par Brigitte de Malau — du 27 octobre au 12 décembre.

Joue-moi quelque chose : nouvelle paysanne et moderne de John Berger, dite l'accordéoniste. Elle raconte un monde rural et peut se jouer partout. Le partenaire accordéon pourra changer, et occasionner des rencontres, retenir le titre comme indicatif de la démarche. Suivi d’un banquet-buffet.

l'Oral et hardi : allocution poétique, à la Comète le 4 février.

D'où vient ce blues : atelier spectacle avec François Bon le 17 février.

Vers une soirée blues

Deuxième et dernier passage, de septembre à juin, l’artiste aaa (acteur associé) suivra sa ligne régionale, s’arrêtant dans plusieurs établissements châlonnais ou environnants, parcours entre campagne et blues, écho d’une première saison entre terre ferme et horizons infinis — air de campagne ou air de Champagne… bulles insolentes nées d’une saturation des conflits terriens, entre paix et pets, n’est ce pas ? Continuer d’explorer la poétique des textes en compagnie des artistes du jazz, ou d’autres. Entre ciel et terre, affronter la matière des mots écrits avec les ouvertures célestes de la musique.

Désir de faire campagne d’abord, en bon orateur, parler de ce qui nous ressemble alentour, ou des steppes antérieures qui sommeillent, parler de cette image en nous-même, la nature. Notre nature profonde, où est-elle dans cette actuelle vacance du terrain, dans ces déserts qui nous guettent ? Du vaste champ qui nous environne au chant du blues, terre ou ciel, évoquer l’espace rural voisin, notre raison consistante, le bonheur de la campagne et son malheur, cette inspiration familière et ce vide, cette élévation vers les arbres, et cette chute irrémédiable au sol, glaise lourde, marne si familière à Rimbaud, le céleste marcheur. Définir sur terrain plat, l’extrême de ces montagnes russes des contrastes d’une âme.

Alors, sur l’année à venir une ligne de rencontres entre campagne et blues, intéressant… Pas forcément gentil car le glissement de l’un à l’autre raconte un poids terrible de méprises et d’oubli. La campagne, autrefois dévolue aux petits oiseaux et romances pastorales, depuis son exploitation industrielle intensive, la campagne peut-elle soutenir sa propre disparition ? Son évolution donne le blues, et des points d’histoire commune entre cette désespérance et la nôtre.

Soirée artistes associés avec Louis Sclavis et Boris Charmatz, 7 avril.

A la Fourche ! : soirée finale avec Yannick Jaulin et La Fanfare ; sur la campagne et les conteurs, avec banquet d'adieu.

Entretien

Quels moments retiens-tu particulièrement des nombreux spectacles — Comète et Itinéraires — que tu as offerts au public de La Comète depuis le début de saison ? »

Le trait caractéristique de cette première époque à Châlons fut la musique, musique avec les mots, musique des mots. Des lectures ou des concerts, très divers puisqu’on s’est baladé entre le Jazz et le classique, les musiques traditionnelles, l’improvisation et une pièce de théâtre enjazzée, spectacle musical de terrain. Je retiens de cela l’effet d’un bouillonnement abouti : des musiciens rares, donc des moments de grâce (il y en a eu à chaque fois, avec Philippe Bachman lors de la présentation de saison, avec Sclavis pour les itinéraires avec Paul Alexandre pour une soirée de lieder romantiques… mais aussi avec les auteurs choisis, Céline, Darras, Ludovic Janvier, Duneton, classiques et contemporains), la culture mélange des cultures. Lecteur rythmeur je me sens évidemment comblé de trouver les moyens de réaliser tout ça, oser des paris et toucher la cible. Et pour l’instant le plus fort c’est de rencontrer une équipe, de mériter sa confiance. On s’est mis au boulot, j’aime l’instrument ici, la Comète, cette grande salle accueillante et j’aime Châlons, je m’y sens bien, l’esprit libre.

Entre la truculence et la subversion du verbe de Verheggen déclamé comme un discours politique en ouverture de saison, en passant bien sûr par la bonhomie et l’insolence de Cafougnette, et la force poétique des personnages filmés par Ricros, tu témoignes en fait autant d’amour pour les auteurs que pour les anonymes inventeurs de langue et autres illuminés des racines ?

À l’origine ce qui m’amène à jouer ce sont les personnages que j’observe dans la vie, je me dis souvent que la comédie humaine est plus foisonnante que le théâtre. Jouer n’est pas qu’une affaire d’ego. “Personnages” ce ne sont pas forcément des grands numéros, des exhibitions, je les aime dans la vie pas à la télévision. La vision télé n’est qu’une représentation, même si, selon la formule, des vrais gens (de la vraie vie ?) y sont les héros. Cette réalité parle et pense, l’écouter est d’abord mon boulot, cela se manifeste dans la langue, oui l’usage des mots. De tous les mots, nous sommes hostiles aux langues sans contenu dans un théâtre, aux imitateurs, speakers de l’événement pour l’événement, adeptes des parlers creux.

Avec la générosité et la passion qui affolent tous tes projets, la complicité scénique avec des auteurs contemporains comme Ludovic Janvier, Joseph Danan et Jacques Darras (nous recevons Jacques two Jacques le 20 février) comme avec des musiciens qui pratiquent l’improvisation te conduisent à goûter souvent le risque de la performance ?

Ce n’est pas moi qui prends le risque de la performance, c’est le public. En matière de textes lus, ou de concerts parlés, “performance” cela veut dire premier jet, (premier jeu), retour à cette sensation de découverte lorsqu’on ouvre un livre. On pousse l’étonnement jusqu’à retraverser cette première fois, moi j’appelle ça la poésie, Jean-Pierre Verheggen dit le Poezi et les Anglais disent poetry, l’art d’une déclamation à voix haute, improvisée parfois (mais attention, avec Darras comme avec Verheggen, tout part d’une écriture). La poésie est ce mouvement de la langue, elle fait tourner le poème sur lui-même : je me demande souvent si ce n’est pas cela l’essence du poème, de graver un retour en lui-même. La prose s’écoule, le poème lui revient. Et on y retourne ! Guidé par l’originalité souvent, il n’y a pas de produit tout fait, emballés calibrés avec senteurs et sensations, c’est cette espérance en cours qui nous fait trouver le spectacle juste : lorsque vous le voyez il est en train de se faire, sinon rien !

Tu as accepté de parrainer les classes littéraires du lycée jumelé avec la Comète : pour les conduire sur les traces des fous littéraires ?

D’abord pour échanger sur les livres, la littérature, apporter ce que je crois la lecture à voix haute m’apporte, il y a des chants envoûtants cachés sous chaque page, il y a des personnages dans les mots, des drames dans le tracé même de l’écriture. Il y a aussi à dépister nos propres goûts, et pourquoi pas repérer les mauvaises littératures nécessaires. J’ai surtout à multiplier les rendez-vous, établir une relation adulte, rencontrer l’étudiant qui sommeille en chacun.

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