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La bonne compagnie

Remerciements à tous ceux qui ont suivi l’appel, au soutien qu’ils ont si vite apporté, à l’entremise d’HelloAsso qui vous permet à votre tour de nous épauler (on en aura forcément bon usage) aux idées que vous avez le devoir de nous apporter et aux demandes qui peuvent surgir dans la messagerie de la… Pardon, excusez moi, je vois qu’on est interrompu :

« Compagnie faisan c’est vous ?
— C’est moi, non, c’est vous ! C’est nous tous quoi : faisan compagnie…
— D’accord, mais vous faites plutôt du théâtre ? c’est ça que je voulais demander…
— Oui, du théâtre et un peu de tout…
— Ce que vous appelez compagnie, c’est pas comme une compagnie d’assurance ou un groupement, genre bouchers-volaillers, chauffagistes associés vous voyez ?
— Non, nous, on fait des spectacles, ou des lectures publiques du boniment tout ça… Et la poésie. Des performances aussi, des genres de banquets…
— Des spectacles, quoi, pour dire simple !
— Voilà, on fait des spectacles. Mais pas du show-biz, pas les grosses recettes. On n’est pas multiplexe, on serait plutôt sectorisé sur des zones délaissées.
— La tradition ? C’est ça le faisan ?
— Oui, alors non, pas la tradition.
— Vous êtes pas populaires ?
— Ça n’empêche pas. On a voulu rester attractifs, y compris avec des sujets sérieux.
— Ah c’est bien ça ! bon, moi j’vais vous laisser…
— Et populaires aussi, oui. Amateurs des curiosités langagières, les parlers locaux. On se maintient sur des voix secondaires, c’est la région qu’on aime. Il n’y a pas que les autoroutes.
— Oui d’accord, bon, je vois. Et là vous vous faites de la pub sur internet avec moi dedans, ça coute pas plus cher. Vous parlez de vos projets, vous écrivez des billets rigolos. À l’occasion, j’aimerais bien voir votre spectacle. Quand ce sera possible, hein ! Pas en ce moment ! Vous n’êtes pas de première nécessité…
— Ah non pas du tout, là je vous rassure ! Se passer de nous est beaucoup plus facile que de se passer de papier toilette. Vous imaginez les conséquences, rien qu’à l’échelle de la Bretagne, je dis ça pour se représenter, ça donne un peu le volume ! On n’aurait plus de papier toilette et plus de pharmacies, mettons ! On n’aurait plus de pizza, ou on n’aurait plus de chantilly par exemple ! On n’aurait plus de vin rouge, plus de Morpion, plus de Cash, plus rien à gratter, on n’aurait plus de colis, on n’aurait même plus de livreur, supposez, on n’aurait plus l’internet ! Eh bien nous, on ne peut pas remplacer tout ça ! Le théâtre c’est en dehors de la nécessité. C’est en plus ! On pourrait dire que c’est pour réunir des gens. Ou donner de la vie. C’est autre chose qu’un profit direct. En cas de retour à la normale, dans le monde d’après, disons, le théâtre la danse l’art ce serait en quelque sorte pour tenter de nettoyer les tuyaux de la nécessité. Parce que ça colle, ça résiste ! Attention j’ai pas dit que c’était de la m…
— Ah moi non plus, j’ai le plus grand respect pour ce que vous faites. Même si on peut pas dire que c’est un métier, hein, on peut pas appeler ça comme ça ? En vrai dans votre théâtre, vous cherchez de la compagnie. Y a pas de mal, mais faudrait vendre des trucs…
— Du papier toilette ?
— Des contrats d’assurance…
— Ou du gibier ?
— Des faisans…
— Remarquez, c’est ce qu’on cherche !
— Les faisans ?
— La compagnie. »

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