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Trente-six nulles de salon

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Si Bouvard et Pécuchet étaient préoccupés de tout connaître, les Mario savent un peu tout déjà. Et, contre l’encyclopédisme ancien, couvent un autre rêve : faire parler d’eux ; moches et célèbres. Possible aussi qu’ils se passionnent pour les plateaux télé, moins ceux qu’on engloutit devant le poste le soir que la vie de plateau en direct, adaptée à leurs moeurs quotidiennes.

Vu par son auteur Daniel Cabanis

Mario et Mario sont deux frères jumeaux qui ont passé l’âge de rajeunir, ce qui leur fait la cinquantaine un peu mauvaise. On se demande pourquoi ils sont tout le temps fourrés ensemble, eux aussi se le demandent et à défaut de réponse ils s’agacent mutuellement, ils s’énervent. S’ils pouvaient, s’ils osaient, ils se foutraient bien sur la gueule mais cela ne se fait pas. Surtout entre frères. Et si l’un des Mario tuait l’autre ça ne réglerait rien, probablement. Il leur reste donc à disputer sur les sujets les plus divers, et aussi les plus vains, par exemple : la biographie d’un plombier chauffagiste ou qu’est-ce que c’est que ces fameuses réunions du mardi, ou encore de nos jours, vaut-il mieux être borgne ou unijambiste ? Comme de forts joueurs d’échecs qui refusent de s’affronter et jouent des nulles de salon, Mario et Mario évitent le pire, mais ça n’en est pas moins désastreux.

Pourquoi ?

Le choix des Trente-six nulles de salon s’est opéré sur l’écriture, son humour féroce et sa pertinence, en appréciant les libertés qu’elle offre aux deux acteurs ainsi qu’à la mise en scène. Cet Exercice de style nous impose de ne pas l’enfermer dans sa catégorie, par référence à Queneau ou à Dubillard. Trente-six nulles… est sa propre chose. Un travail de variation certes méthodique, mais aussi une façon vitriol de respirer l’air du temps. Un miroir grimaçant, comédie travaillant sur le langage, apte à mieux nous décrire.

La pièce

Trente-six conversations-piège en composent l’action, formant une curieuse série de trente-six parties d’échec. Pour les deux Mario, ce dialogue d’une longueur toujours égale a tournure d’un bras de fer : coincer l’autre, le pousser à se contredire. Mais à chaque partie le résultat est nul, l’échec est pat laissant les deux adversaires dans l’impossibilité de départager, les maintenant à égalité et dispos pour la suivante. Les thèmes des conversations symétriques sont ordinaires ou très excentriques, on y retrouve le fiel insidieux du bon voisinage et la rumeur des petits bourgs, hantée par le frisson de la célébrité. Le couple jumeau, chacun sur son petit quant à soi encyclopédique, rattache à une longue série ouverte avec Bouvard et Pécuchet chez Flaubert, et magnifiée par Mercier et Camier chez Samuel Beckett. On se ressemble, on se déteste mieux.

Extraits

Feuillets extraits de Trente-six nulles de salon au format PDF, à télécharger ou à lire dans le navigateur :

L’auteur : Daniel Cabanis

Né en 1956 à Paris, plasticien de formation, a publié du copy-art et des livres d’artiste (Le m2 pliant, La salade imaginaire, etc.) ; puis un roman au Seuil, L’Amour à l’écossaise, roman-photo sans photos dont la trame narrative reprend les spongieux motifs d’un peignoir écossais. Par ailleurs, le plus souvent sous la forme de séries qui combinent textes et images, il collabore depuis plusieurs années à diverses revues tant papiers qu’en ligne telles que : Espace(s), Chimères, Du nerf, Action restreinte, BoXoN, Rouge-déclic, Coaltar.net, D’ici là, Les cahiers de Benji, etc. Pour se délasser, il a entrepris un Catalogue des pense-bêtes idiots, autrement dit un travail sur la mémoire. Il est également, même s’il ne s’en vante pas tous les jours, Le Corbo de ventscontraires.net

Précaution

Avant d’en dire plus sur la pièce, il est utile d’appuyer sur ce point : la liberté scénique avec laquelle l’écriture sera traitée, ouvrant à des recherches sonores avec Bernard Vallery, des approches scénographiques au côté d’une artiste plasticienne, Anne-Flore Cabanis. On ne se contente pas de « jouer » la pièce, les modes de représentation et d’interprétation doivent être questionnés, doivent détonner. L’espace s’apparente à une maison, mais elle sera immatérielle, comme nos vies tendent à le devenir. L’occupation journalière flotte dans une ambiance d’émission variétés-jeux cuisinée chez soi avec les moyens du bord. On se fait son show quotidien.

Trente-six nulles de salon

Auteur
Daniel Cabanis 
Mise en scène
Jacques Bonnaffé
Interprétation
Jacques Bonnaffé et Olivier Saladin
Collaboration artistique et scénographie
Anne-Flore Cabanis
Costumes
Astrid Vartanian
Son
Bernard Vallery
Lumières
Orazio Trotta
Régie et direction technique
Eric da Graça Neves