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Ceux qui traversent

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Un canot et des gilets de sauvetage sur la grève

Avec Jacques Bonnaffé, comédien et Sylvain Kassap aux clarinettes ; à partir de la pièce Un qui veut traverser de Marc Emmanuel Soriano.

Photos Aris Messinis, Visa d'or 2016 Visa pour l’image – Perpignan

Le désir de ce spectacle se veut propagation, et nous ferons en sorte qu’elle puisse l’être de bonnes nouvelles. Parler des migrants, écouter leur tragique histoire c’est regarder en face un lointain brusquement proche. Dans ces villes et ces plages où la marée humaine vient buter, il n’y a pas que des situations désespérées. Les mouvements d’accueil, les solutions, inventées chaque heure, l’expérience de Médecins sans frontières, les petits pas miraculeux, l’action des volontaires, les ressources de la solidarité ne sont pas assez décrites et commentées. Elles coûtent moins cher que la chasse à l’homme ou la répression sécuritaire. Nous sommes en voie d’expériences de démocratie partagées, notre notion du territoire passe par ce constat que le monde a largué ses amarres. Nos règles changent, il faut aller de l’avant, nos lois sont inadaptées. Voilà pourquoi notre création Ceux qui traversent est liée au mouvement Emmaüs, elle veut au moins rendre hommage à ceux qui maintenant se battent avec raison, leur poids d’expérience et de ténacité, contre la détresse.

Au centre du dispositif Un qui veut traverser, monologue de théâtre dont nous donnons un long extrait, le musicien et l’acteur. Les textes rassemblés tout autour, témoignages, citations, poèmes, constituent un spectacle qui se refuse à vous tomber sur les épaules. Plomber ne vaut rien, l’objectif initial de la pièce est ailleurs que dans la dramatisation, elle tente d’abord de témoigner pour l’histoire, et son sérieux, sa qualité, nous convoque et nous transforme.

Un qui veut traverser, Marc-Emmanuel Soriano, Février 2013 – extrait

Sur une plage il y en a un qui veut traverser, avec un autre qui ne veut pas le faire traverser, non, sur la plage il y en a un qui doit traverser, avec un autre qui ne devrait pas le faire traverser, non, sur la plage devant une barque qui clapote, il y en a un qui ne peut que traverser, avec un autre qui ne peut que le faire traverser, puisque la barque est à lui, apparemment, donc, d’un côté il y en a un qui pense qu’il doit absolument traverser et de l’autre, un qui sait qu’il ne faut pas traverser, non, regardant la barque, il y en a un qui croit qu’il va enfin traverser ce soir la baie, et un autre qui sait qu’il y a peu de chance que ça arrive, à cause des courants, à cause des tempêtes, à cause des gardes-côtes, donc, un qui n’a pas le choix de ne pas traverser, avec un autre qui n’a pas le choix de ne pas louer sa barque, tant le désir de traverser est dévastateur, donc un qui va traverser, avec un autre qui va lui faire croire qu’il va traverser.

Ce qui traverse

J’ai dans l’idée de mener un travail en scène sur les réfugiés, comme d’en laisser le plan aux auditeurs. Sous forme d’interrogation. Comment pensez-vous que la scène suivante doit-être écrite ? Quel témoignage conviendrait maintenant ? J’ai procédé à des essais, en lectures musicales, et s’il y a des passages poignants, mon envie est de dire que la tragédie s’inverse parfois, pour celui qui feint d’ignorer.

Aller simple de Erri de Luca – extrait

Nous sommes les innombrables, redoublés à chaque case d’échiquier,
nous pavons de squelettes votre mer pour marcher dessus.
Vous ne pouvez nous compter, une fois comptés nous augmentons
fils de l’horizon, qui nous déverse à seaux.
Nous sommes venus pieds nus, sans semelles,
et n’avons senti ni épines, ni pierres, ni queues de scorpions.
Aucune police ne peut nous opprimer
plus que nous n’avons déjà été blessés.
Nous serons vos serviteurs, les enfants que vous ne faites pas,
nos vies seront vos livres d’aventures.
Nous apportons Homère et Dante, l’aveugle et le pèlerin,
l’odeur que vous avez perdue, l’égalité que vous avez soumise.

[…]

Vous êtes le cou de la planète, la tête coiffée,
le nez délicat, sommet de sable de l’humanité.
Nous sommes les pieds en marche pour vous rejoindre,
nous soutiendrons votre corps, tout frais de nos forces.
Nous déblaierons la neige, nous lisserons les prés, nous battrons les tapis
nous sommes les pieds et nous connaissons le sol pas à pas.